Les Journalistes font un travail “remarquable” en couvrant les élections chargés au Sénégal
Deux jeunes journalistes couvrent les révoltes pendant la campagne électorale au Sénégal. Les partis d’opposition ont organisé des manifestations violentes à Dakar et les villes provinciales, protestant contre la candidature d’Abdoulaye Wade pour un troisième mandat.
Cheikh Bamba Dièye, l’un des candidats à l’élection présidentielle, est arrêté par la police en se rendant à la Place de L’Indépendance pour participer à une manifestation.
Un journaliste et un photographe se félicitent pour leur couverture pendent les manifestations.
Deux manifestants mettent le feu à des barricades dans le centre de Dakar. Les pierres qui jonchent le sol témoignent de la violence des affrontements avec la police utilisant des gaz lacrymogènes.
Des journalistes montent vers le centre-ville, théâtres des manifestations. Ils illustrent ainsi une des recommandations faites lors des ateliers organisés par ICFJ et le SYNPCIS sur la couverture des élections dans un contexte de violence : éviter de travailler de façon isolée et en solitaire.
Les journalistes couvrant un meeting d’un candidat. Même si les conditions de travail sont difficiles, ils tiennent à là où l’action passe.
Un journaliste et son cameraman couvrent les manifestations contre la candidature d’Abdoulaye Wade à la présidentielle.
Un journaliste est poussé par un policier. Ils n’ont cependant pas souffert des violences policières qui étaient souvent délibérées. Des accords avaient été passés lors des ateliers organisés par ICFJ et le SYNPICS, avec les forces de sécurité, pour faire de sorte que les journalistes qui portent les gilets « Presse », confectionnés pour l’occasion, ne seraient pas violentés ou harcèles. ICFJ a appuyé le SYNPICS dans la confection de ces gilets.
L’élection présidentielle au Sénégal constitue un défi sérieux pour ce pays — un défi aussi pour les journalistes couvrant cet événement. Surtout avec la violence qui a éclaté après que le président sortant Abdoulaye Wade a été autorisé par le Conseil constitutionnel à briguer une troisième investiture jugée illégale par l’opposition qui évoque la limitation des mandats par la Constitution à deux.
Dans ce conteste difficile marqué par le chaos politique, les journalistes ont vécu beaucoup de contraintes, subissant des parfois des violences. Ils ont malgré tout fait preuve de volonté et de détermination pour assurer une couverture professionnelle. Des centaines de journalistes ont été préparés à la couverture de cette élection grâce à un programme de formation mené par ICFJ, en collaboration de le SYNPICS, le principal syndicat des journalistes au Sénégal. Les ateliers qui ont été organisés mettaient l’accent sur l’équilibre, l’égalité et l’exactitude dans le traitement de l’information.
Le directeur du programme, Tidiane Kassé, avec la chargée de programme d’ICFJ, Bethel Tsegaye, discutent de l’impact des ateliers et des forums pré-électoraux qui ont été organisés. M. Kassé est par ailleurs directeur de publication, consultante dans le domaine des medias et formateur, bénéficiant d’une riche expérience de travail avec des organisations internationale et sénégalaise.
Comment s’est passée l’élection présidentielle au Sénégal ?
Kassé: Le scrutin s’est déroulé dans de bonnes conditions. Malgré la participation d’Abdoulaye Wade qui était contesté avec violence comme candidat, tout s’est passé de façon paisible sur le jour du vote. Les résultats initiaux suggèrent même qu’il y aura un second tour entre Wade et Macky Sall, un ancien membre du parti politique de Wade.
Comment les journalistes ont-ils eu à couvrir le vote ?
Kassé: Les journalistes ont fait un travail remarquable. Pendant toute la journée du vote ils ont multiplié les reportages en direct depuis les centres de vote, interrogeant les observateurs et les membres des bureaux de vote, ainsi que les électeurs, pour vérifier si tout se passait normalement. Le cas échéant, ils ont aussi signalé des irrégularités, des tentatives de fraude, ainsi que des violences ou des menaces de violence, amenant ainsi les autorités compétentes à réagir. Des groupes de nervis soupçonnés de gêner la bonne marche des opérations de vote ont même été interpellés après que la presse a signalé leur présence.
Il reste que des violences ont été enregistrées contre les journalistes. Le correspondant d’un groupe de presse à Fatick a été tabassé et blessé, amenant le SYNPICS à déposer une plainte. Dans la matinée du vote aussi, quand des déclarations ont été faites signalant que les fréquences de certaines radios étaient l’objet de brouillage, la secrétaire générale du SYNPICS a fait une déclaration pour dénoncer et prévenir toute atteinte à la liberté de travail des journalistes.
Par la suite tout s’est bien passé et dans la soirée toutes les stations de radio et de télévision ont pu diffuser les résultats en direct depuis les bureaux de vote. Cela s’est fait jusqu’après minuit et les médias ont pu ainsi aider à constater que le président Wade allait se trouver contraint à disputer un second tour.
Comment ICFJ a préparé les journalistes pour la couverture des élections ?
Kassé: A cause du manque de ressources, le secteur privé des medias souffre d’un d’un déficit de journalistes aguerris. Au niveau des moyens financiers aussi, ces médias privés ne sont pas autant dotés que la presse du gouvernement pour faire une couverture optimale de l’élection. ICFJ a mené ses activités pendant près d’un pour aider les journalistes a améliorer la qualité de leur couverture des élections, malgré les conditions de travail difficile. Dans le cadre du programme mené en partenariat avec le SYNPICS. Plus d’une dizaine d’ateliers de formation ont été organisés à Dakar ainsi que dans les autres régions, impliquant plus d’une centaine de journalistes.
Le programme a aussi touché des étudiants en formation dans les écoles de journalisme comme le CESTI, pour faire du blogging pendant la campagne électorale, ou l’ISEG pour faire le monitoring de la presse lors de la couverture de la campagne. Durant les formations, les journalistes identifiaient aussi des sujets de couverture sur lesquels ils travaillaient par la suite. D, ilse même discutaient et adoptaient des règles et principes à respecter pour une couverture équitable et équilibrée pendant les élections. Juste avant la campagne, ces règles ont été partagées avec les éditeurs de presse.
Comment les journalistes se sont améliorées dans ces formations?
Kassé: Les formations ont cherché à amener les journalistes à mieux connaître le processus électoral, à mieux appréhender les principes d’équilibre, d’équité et de neutralité dans le traitement de l’information en période électorale, mais aussi à identifier des sujets et thèmes de reportages importants et spécifiques à leurs localités, relativement à l’élection.
Je ne peux pas dire que tout cela relève d’une nouveauté, mais nous avons voulu le faire avec une approche dynamique, amenant les journalistes à réfléchir sur leurs forces et leurs limites et à proposer des solutions ainsi que des approches.
Après l’atelier organisé à Ziguinchor, une région qui connaît un conflit armé depuis 1982, des journalistes ont fait des reportages dans des contrées frappées par les violences, avec des combats entre les rebelles et l’armée. Malgré les risques à y aller, ils ont tenu à vérifier l’impact du conflit sur la préparation de l’élection, sur le vécu des populations et sur les possibilités d’organiser le vote dans ces zones. En termes d’éducation électorale, des journalistes ont aussi réalisé des programmes pour sensibiliser et éduquer les citoyens au vote.
Comment réagissent les journalistes face aux attaques contre la presse ?
Kassé: Les journalistes de Sénégal travaillent dans des environnements parfois difficiles, avec des menaces régulières et parfois des actes de violence. Notamment durant les élections. C’est la raison pour laquelle une partie de nos formations a reposé sur la sécurité des journalistes dans périodes de tensions ou en zone de conflit.
De même, pendant la campagne électorale, le SYNPICS a mis en place un système d’alerte soutenir les journalistes en cas de violence, veiller à leur sécurité et prendre toute mesure idoine pour les protéger. Cela a été efficace quand une journaliste a été attaquée à Thiès, une ville à 70 km de Dakar, alors qu’elle couvrait une manifestation politique.
ICFJ a aidé le SYNPICS dans la mise en place de ce système d’alerte. ICFJ a aussi soutenu le SYNPICS dans la confection de gilets permettant d’identifier les journalistes et de prévenir les harcèlements et violences dont ils sont parfois l’objet de la part des forces de sécurité.
Comment avez-vous organisé la veille sur les contenus des medias pendant la campagne électorale ?
Kassé: ICFJ et le SYNPICS ont fait un travail de monitoring en sélectionnant quelques journaux de référence et des stations de radio et de télévision ayant une bonne audience, pour mener une évaluation quantitative et qualitative quotidienne de la couverture de la campagne électorale. Les résultats ont permis SYNPICS de faire des feedbacks aux journalistes, en insistant sur les exigences d’équilibre et d’équité entre les candidats. Ce travail de monitoring de la couverture des élections est une première pour une organisation sénégalaise.
Il a aussi été mis en place un numéro vert où les journalistes pouvaient non seulement appeler pour alerter en cas de menace contre eux, mais où il était aussi permis au public d’émettre des avis et des observations sur le travail des médias.
Quels sont les conseils que vous pourriez donner aux journalistes qui couvèrent les élections dans les pays en développement, ou le climat politique est très tendu et il y a la violence ?
Kassé: Je pense que le premier conseil est de bien former les journalistes à couvrir les élections avec équité et impartialité, en ayant une bonne conscience des enjeux qui vont avec ces genres de compétition politique. Nos medias sont souvent liés aux partis politiques ou ont des orientations politiques affirmées. Certains journalistes sont très proches des dirigeants politiques. Ce sont des choses à éviter. Mais dans tous les cas, il faut se dire qu’il est important de faire une bonne couverture sans être biaisé ou être sous influence.
Un autre conseil c’est d’être précis et de vérifier les faits, mais aussi de traiter les candidats selon un principe d’équité. Mais le plus important est de toujours penser aux intérêts des populations, de chercher à répondre aux besoins du public quand on effectue un reportage, plutôt que de rester uniquement guidé par les agendas des candidats.
Photos par Mamadou Gomis.

